2020 : note d'intention

LES POSSIBLES DANS L'IMAGINAIRE


La rue en tant qu’espace public est constamment réinvestie par les mouvements collectifs ; à chaque manifestation, elle voit défiler femmes et hommes, leurs révoltes, revendications et espoirs en réaction au monde et les injustices qu’il autorise. Qu’en est-il des nos imaginaires ? Ces lieux, éminemment intimes et individuels, qu’il est pourtant possible de partager à échelle collective, et sur lesquels peuvent s’appuyer ces espoirs. De quoi se nourrissent les histoires que l’on se raconte les un.e.s aux autres ?


Dans l’industrie du livre, en librairie ou dans la presse, de nombreux essais et analyses sur les enjeux sociopolitiques contemporains se basent une approche scientifique. C’est dans l’angle mort de ces méthodes que la fiction peut se permettre beaucoup plus de libertés. La fiction autorise celles et ceux qui l’écrivent à ouvrir des univers de tous les possibles sans être ralenti.e.s par l’inertie du réalisme ou de l’exactitude, fantasmer des lendemains ou des aujourd’hui parallèles où tout est possible. Créer et élargir des espaces fictionnels, c’est prendre position et s’autoriser à envisager de nouvelles configurations. On pourrait dire que les fictions qui voient le jour traduisent les urgences qui traversent celles et ceux qui prennent la plume. Lorsqu’on ne peut pas faire autrement que d’écrire un texte, ou choisir de le publier, cela relève de l’engagement politique. Cette année, les éditions Gorge bleue font la part belle à la fiction et j’ai la grande fierté de vous présenter ces nouvelles parutions.


FEMMES ET FICTIONS


Les tombes, premier roman publié au catalogue, interrogeait de front la question de l’écriture des personnages de femmes dans la fiction : quel marrainage idéal ! Lorsqu’il a fallu tracer la ligne éditoriale des éditions Gorge bleue, nous avons décidé de porter « des textes traversés par des thèmes sociétaux forts ». En 2020, deux romans et deux pièces de théâtre réunies dans un volume rejoignent notre catalogue, et la relève de Marilyn et Lilas est toute assurée : ce n’est pas moins de cinq héroïnes qui s’installeront entre leurs pages.


Julie, Anna, Inès, Rachel et Amélia, que vous retrouverez cette année En Arden, dans Le silence qui cache la forêt, Pas de bougie bougie et Shakesqueer : la querelle, sont des personnages de fiction. Elles avancent dans des univers fictionnels (puisqu’ils sont de papier et d’imagination) qui ressemblent plus ou moins au nôtre. On identifiera ici une cathédrale, là un pont ou d’autres éléments de décor dans lequel évoluent les personnages. On reconnaîtra là les problématiques soulevées par les héroïnes ou leurs proches comme celles propres à notre XXIe siècle.


Et qui ne se sentira pas d’attache avec l’humanité d’Amélia, dans sa revendication au droit de mourir dignement ? Qui ne se retrouvera pas, ne serait-ce qu’un peu, dans Julie, toute entière traversée également par le désir, l’art et la violence (faite à elle, faite aux autres) ? Qui n’a jamais souhaité, comme Anna, éclairer ses angles morts à la lumière du passé, faire résonner les non-dits des secrets de famille ? Qui ne sera pas touché par les dilemmes moraux imposés à Inès et Rachel ? 


Grand miracle de l’écriture dramatique, la catharsis parfois se propage à d’autres écritures, et permet aux lectrices et lecteurs de vivre mille vies, d’embrasser autant de points de vue, de dégager l’horizon pour considérer autrement notre monde, et c’est tout ce que je nous souhaite pour nos lectures à venir.


Sincèrement,


Marie Marchal, éditrice.

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© Photo de couverture : Madeleine Roy