Masse critique : Evlyne Léraut

Au mois de janvier, Babelio a organisé une #massecritique dédiée à la fiction. Les maisons d'édition ont envoyé leurs titres sélectionnés à des lectrices et lecteurs qui se sont engagés en retour à lire et écrire une critique dans un temps imparti. Nous avons saisi cette chance, alors qu'il a été compliqué d'aller à la rencontre du lectorat, d'aller toucher des personnes séduites par la couverture et le résumé des livres.


Profond, extraordinaire, « Les Tombes » est immanence. D'une littérature bleue-nuit, exigeante, belle, ce récit est l'exemplarité d'un rare éditorial. Incontournable dès l'incipit, il ouvre la voie aux étudiants en littérature. Certifié dans les antres livresques, sa place est sur le piédestal. On ne sort pas indemne d'une lecture aussi magnétique. Elle est liane et siamoise. Le jeu d'écriture de Madeleine Roy est un labyrinthe où vous suivez subrepticement ses chuchotements. Ce qui arrime comme force, guide vers le verbe venu des intériorités. Deux femmes ici présentes, et plus encore, Marylin, tueuse à gages (n'ayez pas peur) et Lilas, étudiante et amoureuse de A ; (première lettre de l'alphabet). L'entrelac est une pièce de théâtre où les acteurs sont à l'instar de la narration, de ce qu'elle insinue et laisse remonter à la surface du filigrane. Personnages, voix insistantes et assignées.


Et là, vous sentez quelque chose qui surpasse tout entendement. Les drames intérieurs, ces vies qui cognent contre les vitres givrées des apparences floutées. Vous êtes le cœur même du récit, happé par ce miracle littéraire, le renom en apogée. Madeleine Roy est l'essence même de ce texte magistral, de haute puissance. Marylin, la tueuse, la fragile, l'abandonnée d'un monde plaqué au réel, dévore sa propre matrice, aboie ses quêtes existentielles. Son manteau perlé de solitude, de ce glacé des hôtels où le silence foudroie. L'immobilité qui s'entrechoque avec le déraisonnable. Marylin est l'as de pique. Lilas l'amoureuse, la littéraire, son double cornélien, l'interface et ses mimétismes qui surviennent de sa propre intériorité. Miroir fissuré, chute abyssale, l'escalier en colimaçon bloquant la marche d'une normalité. Les murs de l'antre chez A. sont les pièges des faux-semblants, les failles non assumées jusqu'au jour où. La trame est douce. Ne craignez-pas « Les Tombes », c'est un livre où les psychologies lèvent le rideau sur ces existences et cherchent les preuves avant l'abandon ultime. Et, c'est une chance pour le lecteur d'émancipation et de renaissance. Laissez venir à vous le métatexte, cette parabole d'essences et de raison. La philosophie ici, est une couronne. Prenez-là, choisissez votre couleur, ne doutez jamais. Marylin et Lilas s'échangent les rôles des incertitudes, des angoisses. L'auteur.ice est le maître, rassemble les chapelles d'épiphanie verbale, remet d'équerre ce théâtre et ne peut déposer l'ultime point final. On est bousculé par « Les Tombes », cette Sachante qui dévore l'espace et laisse passer les rais de lumière. Ce livre est notre sauveur. Il a compris que l'intrinsèque est le chemin. Les turbulences salvatrices sont des contre-feux.


« Les tombes » est sceau. Un livre que chaque éditeur aurait voulu mettre au monde. Ici, c'est « Gorge Bleue » qui prouve une haute capacité éditoriale. Le choix atypique d'une œuvre fronton. Percutant, socle et culte.


> En savoir plus sur Les tombes, de Madeleine Roy

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